• Statuette de Balzac par Dantan, 1835
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Honoré de Balzac par Dantan

Collection : L'écrivain
Auteur / Intervenant : Jean-Pierre Dantan
Date : 1835
Matériaux et techniques : Plâtre teinté
Dimensions : 34 cm
Localisation : Portraits de Balzac d'hier à aujourd'hui

Dès 1831, Jean-Pierre Dantan se fait connaître grâce à l’exécution d’une caricature sculptée du peintre Cicéri. Il décide alors d’éditer et de commercialiser auprès du public les charges de personnalités célèbres, et Balzac fait l’objet de deux statuettes éditées en 1835. Celle-ci le représente rond, joufflu, la tête à demi rasée, une dentition imparfaite révélée par un grand sourire, avec son chapeau et son immense canne. Contrairement à la plupart des réalisations de Dantan, le socle ne présente pas le nom sous forme de rébus mais porte des attributs de l’écrivain ; la canne, le chapeau, la chevelure et les ciseaux. Dantan semble anticiper la décision de Balzac de couper ses longs cheveux, comme l’explique le texte accompagnant cette caricature dans l’album Musée Dantan, publié en 1838 : « nous prévenons les femmes de trente ans et au-dessus qu’après l’apparition de sa charge, Balzac, pour se rendre méconnaissable, s’est fait couper sa longue chevelure ; mais hélas ! peine inutile, le grand homme ne réfléchissait pas que son ventre trahirait son incognito. » L’autre statuette figure Balzac sous la forme d’une canne, son visage en guise de pommeau.

Comme la plupart des modèles, Balzac est dans un premier temps flatté de ces caricatures qui attestent sa célébrité et en parle en termes amusés « Ils me prennent au sérieux, si bien que Dantan a fait ma charge. La voulez-vous ? Je vous l’enverrai avec le manuscrit de Séraphîta et tous les volumes que j’ai à vous envoyer. »[1] Et il ajoute qu’il mettra « dans l’envoi du 17 avril, mes deux charges en plâtre par Dantan qui a caricaturé tous les grands hommes. Le sujet principal de la charge est cette fameuse canne à ébullition de turquoises, à pomme ciselée, qui a plus de succès en France que toutes mes œuvres. Quant à moi, il m’a chargé sur ma grosseur. J’ai l’air de Louis XVIII. Ces deux charges ont eu un tel succès que je n’ai pas pu encore m’en procurer. »

Un an plus tard cependant, associant la caricature qui déforme la silhouette à la contrefaçon de l’œuvre, Balzac décrie cette « mauvaise charge » de Dantan et « l’horrible lithographie » qu’elle a inspirée.

Il est significatif qu’en 1836 – un an après le retentissant procès qu’il intente pour la protection du droit moral sur son œuvre – Balzac décide de se faire portraiturer par le peintre Louis Boulanger, alors qu’en 1833 il avait refusé au peintre Gérard l’autorisation de faire son portrait, alléguant qu’il n’était « pas un assez beau poisson pour être mis à l’huile ». L’écrivain a pris conscience que son image et celle de son œuvre étaient indissociables, et que les caricatures contribuaient aussi à déformer la perception de ses romans.

 

[1] Lettre à Mme Hanska du 11 mars 1835.