• Projet d'éventail : l'apothéose de Balzac par Grandville
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Projet d'éventail : l'apothéose de Balzac

Collection : L'écrivain
Auteur / Intervenant : Jean-Jacques Grandville
Date : 1835
Matériaux et techniques : Dessin à la plume et à l'encre brune sur papier vélin
Dimensions : 46,5 x 30,5 cm
Localisation : Réserve

Ce dessin préparatoire pour un éventail sans doute jamais exécuté figure Balzac en gilet, brandissant sa canne dont le pommeau s’orne ici d’un visage féminin. Assis contre une pile de livres, il domine une procession de femmes, les unes attelées au chariot où siège l’écrivain, les autres derrière ce convoi, les mains jointes en signe de dévotion ; En fin de cortège une vieille femme admoneste deux jeunes filles, sans doute pour leur interdire de participer à une manifestation réservée aux femmes instruites des choses de la vie. Devant le char, quelques femmes brûlent de l’encens devant la statuette de Balzac (la caricature de Dantan) tandis que d’autres restent assises, absorbées par leur lecture.
On distingue quelques hommes occupés à des tâches précises : l’un remonte grâce à une manivelle la pile de livres sur laquelle s’appuie Balzac ; un autre apporte vers le cabinet de lecture, non sans difficultés, de nombreux livres placés sur une hotte. Un énorme encrier contenant deux plumes d’oie grimace, et sa grosseur seule explique la prolifération des œuvres de Balzac, souvent désigné par les journaux comme "le plus fécond de nos romanciers".
Plusieurs allusions aux romans émaillent le dessin : le squelette de la mort surgit derrière la triangulaire « peau de chagrin » ; la jeune femme et l’homme appuyés sur un coffre et des tonneaux sont sans doute Eugénie Grandet et son père, riche tonnelier à Saumur ; l’un des ouvrages porte le titre « Père Goriot ». Au bas du dessin se devinent quelques notes mentionnant les thèmes que Grandville souhaitait aborder : "Contes drolatiques/ mœurs de province/ parisienne/ phisiologie [sic]/ peau de chagrin".
Dans un nuage se croisent l’Amour et une figure féminine surmontée de bois de cerfs, qui évoque irrésistiblement les maris trompés. Sur le socle de cette curieuse statue est placée l’inscription "Physiologie du mariage". Ailleurs, une balance aux plateaux chargés l’un de sacs d’or, l’autre d’un cœur, évoque la fréquente opposition entre argent et amour.
Balzac est représenté en dandy, mais ces proportions considérables l’assimilent à un dieu qui brandirait sa canne comme Jupiter tient la foudre. Cette essence surnaturelle est confirmée par plusieurs détails, comme la renommée qui vole avec sa trompette au-dessus de sa tête. Trois figures à mi-corps coiffées de serpents, s’apparentent aux Furies de l’Antiquité mais incarnent probablement l’envie, la calomnie, et peut-être la jalousie. Elles semblent effrayées par le rayonnement de la canne : le symbole du dandy devient ici le sceptre de l’écrivain car, comme l’écrit Balzac, "un homme qui dispose de la pensée est un souverain. Les rois commandent aux nations pendant un temps donné, l’artiste commande à des siècles entiers, il change la face des choses, il jette une révolution en moule."